Ouagadougou: Le canal de l’université, un scandale environnemental et sanitaire à ciel ouvert.

 Le canal de l’université Pr Joseph Ki-Zerbo ou de Zogona (quartier de la ville de Ouagadougou) long de plusieurs kilomètres devient au fil des années un dépotoir sauvage de déchets de tout genre. Réalisé en 2001 dans le but de faciliter l’évacuation des eaux pluviales, il traverse le quartier 1200 logements, l’université pour se jeter au Parc urbain Bangr-Weogo. Le constat au niveau de la partie universitaire est tout contraire à l’assainissement. L’action humaine a fait du lieu non seulement un agent de destruction de l’environnement mais aussi d’exposition de la population riveraine à des maladies.

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Stagnation d’eaux usées dans le canal de l’université

Des toilettes publiques de l’université déversent leur contenu dans le canal. L’eau usée en vue sur la photo ci-dessus est une composée d’excretas, d’urines, de sachets plastiques, de pneus etc. Le canal joue en même temps les rôles de fosses septiques, de station de stockage des eaux usées, d’évacuation d’eaux de pluies mais surtout de poubelle. Un spectacle digne des plus grands bidonvilles ! Hélas, nous sommes bel et bien dans une université, la plus grande du pays.

Tout comme un phénomène normal, la vie universitaire se poursuit…

En cohabitation parfaite avec l’odeur nauséabonde du « four tout ». Des étudiants préparent leur devoir sous les arbres qui bordent le canal. D’autres constituent des groupuscules de causeries. Des fous rires se font entendre. Tout va bien, c’est le « Ya fohi ».

Mieux, une vie économique se développe autour.  Des citoyens ont trouvé en cette eau fétide, une solution palliative au difficile accès à l’eau, pour leur métier, le jardinage. Ce cocktail d’eaux usées sert d’eaux d’arrosage pour les plants et fruitiers des jardiniers installés dans le lit du canal.

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Eaux usées du canal qui servent d’eaux d’arrosage pour les plants des jardiniers
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Pompage de l’eaux usées pour les activités de jardinage

Le plus ahurissant se trouve devant. Le spectacle est hollywoodien.

En voyageant à travers ce détroit pestilentiel, on bute sur un petit pont. Ce dernier est le corridor d’exutoire des eaux dans le parc urbain de Bangr-weogo.  Ce parc est en quelques sortes, le poumon vert de la capitale du pays sahélien qu’est le Burkina. Les images au niveau de cette « frontière » parlent d’elles-mêmes.

Un village de déchets plastiques y est né. Ces déchets opposent une résistance farouche au passage de l’eau. Cette dernière se déverse et stagne sur le côté Ouest du canal. Elle y attend un secours heureux, une main providentielle pour dégager de sa voie les ordures mais rien n’y fait. C’est du « Ya fohi » que les humains lui envoient en guise de réponse.

Le petit couvert végétal se dégrade au fil des mois et des années. C’était ainsi depuis plusieurs années. Mais depuis 2015, la violence contre l’environnement s’est accrue dans cette zone. Les coups sont nombreux et de plus en plus retentissants.

Pour les travaux de bitumage de la voie passant devant l’hôpital Yalgado, les Caterpillar y ont enfouis leur « dent » pour arracher les arbres qui longeaient le bitume.  Un véritable carnage environnemental sans aucun frisson dans le cœur.

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Une marée de déchets plastiques créant un engorgement au niveau du pont reliant le canal au parc Bangr-weogo
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Plage de stagnation d’eau au niveau du petit couvert végétal, côté Ouest du canal

Bon gré mal gré, une quantité d’eaux arrivent à imposer un « cédez le passage ».

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Au niveau du pont reliant le canal au parc Bangr-weogo, côté Bangr-weogo
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Exutoire des eaux dans le Parc Bangr-Weogo

Et ce n’est pas tout. Le voyage se poursuivra avec les  nouveaux amis, les déchets plastiques et ses collègues.

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Constat dans le parc bangr weogo suivant le trajet naturel du canal
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Engorgement des déchets plastiques et autres dans le Parc Bangr-Weogo

Toute cette réalité, non nouvelle, se trouve à quelques jets de pierres de  l’Institut International de l’Eau et de l’Environnement(2IE). Plusieurs étudiants de cet établissement continental  d’étude des sciences de l’environnement et de l’assainissement ont mené des travaux d’études sur l’assainissement et plus précisément sur  les canaux d’évacuation des eaux de la ville de Ouagadougou (exemple de rapport ). C’est encore à quelques pas de piétons de l’Unité de Formation et de Recherches des Sciences de la Santé (UFR/SDS), et même du Centre pour l’Etude de la Protection de l’Aménagement et de la Promotion de l’Environnement de Ouagadougou (CEPAPE).

Ces institutions ont-elles fait leur part ? Est-ce les décideurs politiques qui n’arrivent pas à traduire en actions les politiques d’assainissement et de protection de l’environnement ? ou est-ce juste les conséquences d’un comportement réfractaire à la salubrité de la population ?

En attendant d’avoir des réponses adéquates à ces interrogations, ce canal à l’état actuel est un nid favorisant le développement des moustiques, garantissant en espèce sonnantes et trébuchantes le vecteur du paludisme et de la dengue, les deux maladies les plus mortelles du pays.

Dans une capitale sahélienne comme Ouagadougou qui s’étouffe dans la poussière et la chaleur, se dégrade rapidement et obstinément au vu et su de tous, l’environnement qui est un trésor à protéger et entretenir.

Harouna DRABO

2 commentaires sur « Ouagadougou: Le canal de l’université, un scandale environnemental et sanitaire à ciel ouvert. »

  1. Vraiment aux yeux de tous… Le ministre Bougma était dans les parages lors de sa visite sur le fameux chantier du pont de l’hôpital. Mais apparemment il n’y a rien vu 👀
    Il y avait même des caïmans qui vivaient en bordure du canal sur le côté du parc avant le debut des travaux du pont dans cette insalubrité…
    Les responsables doivent prendre leur responsabilité dans ce canal, mais aussi dans tous les lieux delaissés…
    Esperons qu’ils ne fermeront les yeux sur ce cri interpélateur?

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  2. Bjr,je suis étudiant à l’Université Joseph KI-ZERBO.je travaille sur l’eau,j’ai vu vos publications sur l’eau à Koudougou et à NIOKO 2.j’aimerais savoir si je peux entrer en possession de ces journaux.. Si oui,que faire ?

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